Article paru en OCTOBRE 2002 – magazine Phosphore
SNIFFEZ C'EST DE L'ARGENT
De Yann Mens
Souvenez-vous. Ça c'est passé il y a un an. Des milliers de gens sont morts un matin en arrivant bosser dans les tours de Manhattan. L'épouvante…. La planète entière à vu les images, sans cesse repassées pendant des semaines. Souvenez-vous. C'était aussi l'an dernier à cette époque. Des centaines de personnes sont mortes en revenant de leur travail. Et personne n'en a parlé. Pourquoi ? Parce que ça se passait en Inde, dans l'Etat du Andra Pradesh. Là-bas, ils n'ont pas de tours où des fanatiques hystéros peuvent précipiter des avions. Non, simplement des pesticides pour répandre sur les champs de coton. C'est oins spectaculaire qu'un attentat.
Sans thunes, on n'est pas riche…
Les ONG (organisations non gouvernementales) indiennes qui ont mené l'enquête expliquent que les paysans utilisent des produits au nom exotique comme le Methyl Parthion, que l'Organisation mondiale de la santé qualifie d'extrêmement dangereux ». Il n'est pas exclu que certains de ces pesticides étaient trafiqués. De toute façon, les paysans aspergent leurs champs sans se protéger le visage ou le corps. Du coup, ils inhalent des saloperies dans l'espoir que le coton pousse et rapporte assez pour nourrir leur marmaille. Il y a quelques années, 300 paysans du coin, endettés jusqu'au cou, se sont suicidés après une mauvaise récolte. Aucun talent pour les affaires ces pauvres gens. S'ils étaient allés dans une business school, ils auraient appris comment rafler la mise. Ce n'est pourtant pas compliqué. Il suffit de piquer le portefeuille des petits vieux. Attention, pas de manière vulgaire, comme un paysan aux abois. Non, de façon scientifique. Muni de jolis diplômes et de dents acérées, vous grimpez au sommet d'une entreprise énorme.
…sauf si on n'a pas de principes.
Puis vous gérez comme ça vous chante, en n'oubliant pas de vous attribuer des salaires gigantesques, des primes hénaurmes et des actions à pas cher….Et le jour où ça commence à tourner mal, vous planquez votre feuille de salaire et vous vendez très vite vos parts. Ensuit, vous laissez les futurs petits vieux se débrouiller avec leur lettre de licenciement et leur retrait toute ratatinée.
Chez Enron, une grosse boîte américaine, les patrons, ils ont fait comme ça. L'année avant que la maison coule, les 144 plus hauts dirigeants ont empoché 744 millions de dollares. Ce qui nous fait 5 millions de dollars par tête de cadre sup'. Ils pourront toujours les investir dans l'industrie chimique. D'après mes sources, il y a des gogos en Inde qui raffolent des pesticides.
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