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le bloc-notes de Philippe BOUVARD
* Philippe BOUVARD *
A quand la semaine d'un seul jour ?
Faisant désormais profession de donner mon avis à des gens qui ne me l'ont pas demandé et de prodiguer mes conseils à des autorités qui n'en tiennent nul compte, je n'en suis que plus à l'aise pour vous livrer une suggestion de réorganisation sociale longuement méditée entre deux siestes. Le moment semble en effet venu d'instituer la semaine d'un seul jour, clé de voûte de la cathédrale au sein de laquelle se célèbrent les cultes de la civilisation des loisirs. Dans des entreprises de plus en plus robotisées, on regrouperait les tâches qui remplissent aujourd'hui une semaine parce qu'on ne prend pas la peine de les compresser. La mobilisation effective, massive et momentanée des salariés permettrait de répondre sur-le-champ à toutes les sollicitations.
Les préposés ne demanderaient plus à un correspondant de rappeler le lendemain dès lors qu'ils seraient assurés de lever le camp le soir même. Les gains de productivité seraient énormes car chacun mettrait les bouchées triples pour profiter pleinement de ces «congés hebdomadaires» accordant aux salariés de consacrer sept fois plus de temps au repos qu'au labeur, allant bien au-delà des avancées obtenues par le Front populaire. D'appréciables économies d'échelle s'ensuivraient en matière d'éclairage, de chauffage, d'entretien et de transports publics. Je suppose qu'après avoir émis des objections de principe, les syndicats adhéreraient à la formule avant de débattre en commissions paritaires de la fixation de ce jour unique de travail. Sans doute finirait-on par se mettre d'accord sur le lundi, férié plusieurs fois par an et autorisant alors un salutaire recul de deux semaines d'affilée. Parallèlement, ceux qu'on continuerait à appeler des travailleurs seraient augmentés afin de compenser la disparition du mois sabbatique de mai définitivement rayé du calendrier et la suppression des heures supplémentaires. Ainsi justifierait-on le nouveau slogan gouvernemental «Travailler moins pour gagner plus».
*· La grippe porcine, rebaptisée mexicaine (sans doute parce qu'il y a plus de charcuteries que d'agences de voyages), a occulté la crise économique. Un mal chasse l'autre. Flaubert remarquait déjà qu'on souffre moins de ses engelures quand on éprouve une rage de dents.
*· Le jour où le Grand Paris s'étendra jusqu'au Havre, on aura réalisé le vœu de Ferdinand Lop (candidat utopiste des années 50) qui proposait de prolonger le boulevard Saint-Michel jusqu'à la mer afin que les étudiants puissent se baigner tous les matins.
*· La délation n'est plus ce qu'elle était. L'administration fiscale doit périodiquement ranimer le zèle des dénonciateurs auxquels, sur les premiers assignats, on promettait déjà une juste récompense. Plus désolant: depuis qu'on peut identifier un scripteur grâce à ses traces d'ADN, la lettre anonyme se fait rare.
* Sans doute le Medef aurait-il davantage l'oreille de Bernard Thibault si le secrétaire général de la CGT ne se faisait pas couper les cheveux par sa belle-sœur.
*· Avec l'ambition immédiate d'avoir plus de lecteurs que de députés, François Bayrou publie un essai transformable d'ici à trois ans, recourant au marquage à la culotte, intitulé Abus de pouvoir. Suivront sans doute Tous des nuls sauf moi et Ote-toi de là que je m'y mette!
*· La preuve que la montée du chômage faisait partie des catastrophes annoncées: en 2007, on a séparé le ministère du Travail et le secrétariat d'Etat à l'Emploi.
* .La désormais légale intrusion des «produits de placement» dans les œuvres diffusées par la télévision donnera-t-elle lieu à un contrôle de droit moral? Il serait dommageable pour la crédibilité du récit que Jeanne d'Arc se régale de crème anglaise, et que Napoléon se verse un verre de bière.
*· Parce que le démon de minuit exige non seulement qu'on joue les prolongations sexuelles mais aussi qu'on les rende publiques, Silvio Berlusconi, plébiscité par son Parlement, a perdu le pouvoir dans sa chambre.
*· L'agora du XXIe siècle: un bout de trottoir sur lequel se réfugient les fumeurs d'une entreprise désormais liés par une solidarité de parias.
*· Ces discours qui ne veulent rien dire, ces romanciers qui n'ont plus d'histoires à raconter, ces toiles essuie-pinceaux, ces musiques-tapage nocturne, ces philosophes plus proches du café du commerce que du Collège de France, cette cuisine à l'azote liquide prospéreront tant qu'il ne se trouvera pas un gamin naïf mais lucide pour damer, comme dans le conte d'Andersen, que le roi est tout nu !
*· Il convient d'admirer comme un signe d'ouverture d'esprit que la notion de virilité ait survécu au maquillage des comédiens et des journalistes de télévision ainsi qu'aux tâches féminines assurées par les serveurs de restaurant.
*· Le sommet de la vertu pour un cacique de la république des lettres : publier une critique enthousiaste du livre d'un confrère dont il sait qu'il n'écrira jamais une ligne sur ses propres ouvrages.
*· A partir d'un certain âge, on devrait pouvoir s'offrir des «jours sup'» d'existence comme on rachète des annuités de retraite. Les fonds ainsi collectés iraient aux laboratoires de recherche pharmaceutique. Quitte à être restitués aux héritiers en cas de trépas survenant durant la «période de survie» garantie par contrat.
extrait page 130. LE FIGARO MAGAZINE - 9 MAI 2009 |