JARDIN
JEAN-PATRICK ORDONNEAU
Je t'aime, moi non plus !
Certains légumes se stimulent ou se protègent. D'autres se nuisent. Des attirances ou des répulsions que doit connaître le jardinier pour réussir son assolement.
Avec l'été tout proche, courgettes, concombres et haricots verts arrivent en force. Laitues, batavias et frisées envahissent le rayon salades. Les radis, toujours présents, y voient débarquer les épinards frais et les premiers navets. Quant aux petits pois, même s'ils n'ont pas le goût de ceux que vous cultivez au potager, c'est maintenant qu'il faut s'en régaler. Ne manquez pas les premières pommes de terre et surtout les tomates dont la récolte de saison a commencé. Framboises, fraises et groseilles font oublier que la saison des cerises s'achève.
Les plantes, comme les humains, ont leurs favorites et leurs têtes à claques. Chacune émet des informations foliaires ou racinaires propres, un peu comme des empreintes digitales. Cette signature chimique permet aux végétaux de se reconnaître et aux insectes de faire le tri. Ainsi selon leurs affinités, ces diverses émanations favorisent le développement des plantes qui se côtoient ou au contraire le contrarient. Des fragrances attirent les insectes pollinisateurs mais aussi les ravageurs et leur cortège de dégâts.
L'entente cordiale
La réussite d'une plante passe par sa santé. Un végétal fort, bien dans sa terre, résistera mieux aux agressions extérieures qu'une plante chétive. Un résultat obtenu entre autres grâce à un bon assolement. Chaque année, la rotation des légumes les uns par rapport aux autres leur assure un environnement favorable. Pour que ces effets bénéfiques agissent entre les végétaux, il est important qu'ils soient très proches les uns des autres. Sur deux plantes espacées de plusieurs mètres leur influence est nulle. Le potager bio, avec son brassage des variétés, facilite les mariages heureux. Les tomates et les carottes illustrent bien cette synergie. L'odeur de la première fait fuir la mouche de la carotte et le parfum de la seconde éloigne les pucerons amateurs de tomate. Même complicité avec le poireau dont la teigne (lépidoptère) déteste l'odeur de la carotte. Et comme le poireau reconnaissant sait vivre, il éloigne à son tour la mouche de la carotte. De telles coalitions sont nombreuses. Le cerfeuil, excellent répulsif des pucerons et des limaces, aime la compagnie des salades. Quant au basilic, en attirant les abeilles, il facilite la fécondation des concombres, courgettes et du fenouil. Mais si les bonnes associations sont nombreuses, les mauvaises aussi. La tomate n'apprécie pas le voisinage de la betterave ou celui des pois. Quant au poireau, évitez lui la compagnie des haricots. Ses penchants le tournent plutôt vers les fraisiers auxquels il évitera les méfaits de la moisissure.
Les fleurs ne sont pas en reste.
Au potager, elles attirent de précieux auxiliaires comme les abeilles, les papillons et les coccinelles. L'œillet d'Inde et le souci chassent les nématodes (vers ronds) si on les place à proximité des plants de tomates. Les exemples ne manquent pas. La cohabitation des fleurs et des légumes, alliant l'utile à l'agréable, reste incontournable au jardin. Au balcon ou sur la terrasse, c'est pareil.
Pour en savoir plus, deux ouvrages :
Le poireau préfère les fraises, de Hans Wagner, éditions Terre Vivante
Les bonnes associations au potager, de Noémie Vialard, Rustica éditions
ORIGINE : TELE Z juillet 2009
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